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Full text of "Allocution ... aux Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine"

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ALLOCUTION 



ADRESSEE PAS 



NOTRE TRES-SAINT PERE PIE IX 



AUX CARDINAUX DE LA SAINTE EGLISE EOMAINE 



LE 12 MARS 1877 



DANS LE PALAIS DU VATICAN. 



MONTREAL : 

IMPRIMÉ PAR J. A. PLINGUBT 

39 Rue St. Jean-Baptiste 39 

1877 



UP 



ALLOCUTION 

ADRESSÉE PAR 

NOTRE TRES -SAINT PERE PIE IX 

AUX CARDINAUX DE LA SAINTE EGLISE ROMAINE 
LE 12 MARS 1877 

DANS LE PALAIS DU VATICAN 



Vénérables Frères, 

Plusieurs fois déjà, pendant les tristes temps de notre 
pontificat si agité, Nous avons convoqué dans ce palais 
votre ordre très-illustre pour déplorer en votre présence 
les grands maux dont l'Église est injustement affligée, et 
pour vous faire entendre Nos protestations contre les 
actes accomplis au détriment de l'Eglise et du. Siège 
apostolique, soit en Italie, soit dans les autres pays. 
Dans ces dernières années toutefois, nous avons dû être 
témoins de nouvelles et toujours plus violentes attaques, 
et des injures que l'Eglise de Dieu a dû subir dans diffé- 
rentes parties du monde catholique, de la part d'ennemis 
acharnés qui ont regardé comme une occasion fort oppor- 
tune d'assaillir l'Eglise de Jésus-Christ, Notre triste 
situation et cet abandon dans lequel Nous Nous trou- 
vons, privé que nous sommes de tout secours humain. 
Nous aurions donc en vérité souhaité aujourd'hui, Vé- 
nérables Frères, de soumettre à votre sagesse et à vos ré- 
flexions cette cruelle et si vaste persécution qui sévit 
contre l'Eglise dans plusieurs contrées de l'Europe ; mais, 
quoique ce soit Notre intention de vous présenter dans 
un autre temps cette douloureuse peinture, Nous ne 
pouvons pas faire moins, en attendant, que de vous rap- 
peler les souffrances et les vexations de plus en plus 
dures auxquelles l'Eglise est en butte dans cette Italie et 
de vous faire connaître les périls, tous les jours plus 
grands, dont Nous Nous voyons menacé, Nous et ce 
Saint-Siège. 

C'est déjà la septième année qui s'écoule depuis que 
les envahisseurs de Notre principauté civile, foulant 
aux pieds tout droit divin et humain, violant la foi des 



pactes solennels et profilant des malheurs d'une illustre 
nation catholique, occupèrent par la violence et par les 
armes les provinces qui étaient encore en Notre pouvoir, 
s'emparèrent de cette cité sainte, et, par cette œuvre 
(Tune si grande iniquité, remplirent de dCuil et de dou- 
leur l'Eglise tout entière. Les feintes et peu loyales pro- 
messes que, dans ces jours funestes, ils firent aux gouver- 
nements étrangers sur Nos plus chers intérêts, en dé- 
clarant qu'ils voulaient rendre hommage et honneur à 
la liberté de l'Eglise et que c'était leur intention que 
le pouvoir du Pontife Romain fût lihre et complei, ces 
promesses ne purent réussir à Nous séduire par de vaines 
espérances, et ne Nous empêchèrent pas de comprendre 
d&s lors entièrement tout ce qui Nous était réservé de 
triste et de douloureux sous leur domination. Nous 
rendant au contraire parfaitement compte des desseins 
impies qui sont le propre des hommes que l'amour des 
nouveautés modernes et un serment criminel unissent 
ensemble. Nous avons aussitôt hautement annoncé que 
cette sacrilège invasion n'avait pas tant pour but d'oppri- 
mer Notre principauté civile que de détruire plus faci- 
lement, par l'oppression de Notre pouvoir temporel, 
toutes les institutions de l'Eglise, de renverser l'auto- 
rité du Saint-Siège et de détruire entièrement le pou- 
voir du Vicaire de Jésus-Christ, que, tout indigne que 
Nous en sommes, Nous exerçons sur la terre. 

Et en vérité on peut dire que cette œuvre de démoli- 
tion et de renversement de tout ce qui touche à l'édifice 
et à Tordre ecclésiastique est déjà presque consommée, 
sinon quant aux désirs et à la haine des persécuteurs, au 
moins quant aux ruines très-funestes qu'ils ont jusqu'à 
ce. jour accumulées. Il suffit en effet de jeter les yeux 
sur les lois et les décrets promulgués depuis le com- 
mencement de la nouvelle domination jusqu'aujourd'hui, 
pour s'apercevoir clairement qu'on Nous a enlevé un à 
un, peu à peu, de jour en jour et les uns après les autres, 
iee moyens et les ressources dont Nous avons absolu- 
ment besoin pour diriger et gouverner, comme il con- 
fient, l'Eglise catholique. 

Cest ainsi que l'inique suppression qui a été faite des 
ordres religieux Nous a malheureusement privé de vail- 
lants et utiles aides, dont l'œuvre Nous est absolument, 
nécessaire pour l'expédition des affaires des congréga 
tions ecclésiastiques et pour l'exercice de tant d'autres 
devoirs de Notre ministère. Cette inique suppression a 
détruit en même temps ici dans cette ville sainte nombre 
de demeures où étaient reçus les religieux des nations 
étrangères, qui avaient coutume de se rendre dans cette 



— 5 — 

létropole à des époques déterminées pour y retremper 
leur esprit et rendre compte de leur ministère, et elle a 
cruellement arraché, jusque dans leurs racines mêmes, 
nombre de plantes salutaires et fertiles, qui portaient 
des fruits do bénédiction et de paix dans toutes les con- 
trées de la terre. Cette même funeste suppression, qui a 
frappé les collèges fondés à Rome pour les Missions 
-sacrées, afin d'y former de dignes ouvriers prêts à porter 
hardiment la lumière de l'Evangile môme dans les pays 
éloignés et barbares, a malheureusement enlevé par le 
fait à tant de peuples le secours si salutaire de la piété et 
de la charité, au grand détriment de l'humanité elle- 
même et de la civilisation, qui tirent ensemble leur 
origine de la sainteté de la doctrine et de la vertu de 
Notre religion. Mais ces lois déjà si cruelles par elles- 
mêmes et si profondément opposées aux intérêts non- 
seulement de la religion, mais même de la société hu- 
maine, ont encore été aggravées par l'adjonction qu'y 
-ont faite les ministres du gouvernement de nouveaux 
règlements qui défendent, sous des peines très-sévères, 
la vie en commun et sous un même toit des familles reli- 
gieuses, et toute admission de novices, et toute profession 
parmi les Réguliers de l'un et de l'autre sexe. Une fois 
les Ordres religieux dispersés, le travail et les projets de 
destruction se sont tournés vers le clergé séculier, et 
alors a été portée cette loi par laquelle, Nous et les pas- 
teurs du peuple italien, Nous avons dû voir avec la 
plus grande tristesse les jeunes clercs, l'espoir de l'Egli- 
se, méchamment arrachés du sanctuaire et forcés, à 
l'âge même où ils devraient se consacrer solennelle- 
ment à Dieu, de recevoir le baudrier de la milice sécu- 
lière et de mener un genre de vie qui diffère si complè- 
tement de leur éducation et de l'esprit de leur vocation. 
Quoi déplus? D'autres lois injustes sont ensuite surve- 
nues, par lesquelles tout le patrimoine que l'Eglise pos- 
sédait à des titres sacrés, inviolables, de longue date 2 lui 
a été en grande partie enlevé, pour substituer a sa 
place, et en partie seulement, de maigres revenus, qui 
sont entièrement assujettis aux vicissitudes incertaines 
des temps, au bon vouloir et au caprice du pouvoir 
public. Nous avons été également forcé de déplorer 
l'occupation et la transformation en usages profanes, 
après que les légitimes possesseurs en avaient été chassés, 
sans aucune distinction, d'un grand nombre d'édifices 
que la piété des fidèles avait élevés au prix même des 
plus lourds sacrifices, qui étaient dignes des temps chré- 
tiens de Rome et qui offraient un paisible asile aux vier- 
.ges consacrées à Dieu et aux familles des Réguliers. 



— G — 

On a en outre enlevé à Notre pouvoir et à la garde 
des ministres sacres beaucoup d'œuvres pies et d'instituts 
consacrés à la charité et à l exercice de la bienfaisance, 
dont plusieurs, destinés au soulagement de la pauvret 
et des autres misères, avaient été fondés par les Pon- 
tifes romains eux-mêmes, Nos prédécesseurs, et par la 
pieuse libéralité de nations étrangères ; et si quelques 
unes de ces œuvres de charité publique restent encore 
sous la vigilance de l'Eglise, on assure qu'une loi qui 
ne se fera pas attendre doit Nous les soustraire ou les 
abolir entièrement ; c'est du moins ce qu'annoncent avec 
assurance et sans ambages des documents publics. Nou^ 
avons vu en outre, et Nous le rappelons, l'âme brisée de 
la plus profonde douleur, renseignement public et privé 
des lettres et des arts soustrait à l'autorité et à la direc- 
tion de l'Eglise^ et la mission d'enseigner confiée à des 
hommes d'une foi suspecte ou à des ennemis déclarés de 
l'Eglise, qui n'ont pas craint de faire profession pu- 
blique d'athéisme. Mais pour les fils déserteurs de l'E- 
glise, ce n'était pas assez d'avoir ainsi envahi ou détruit 
tant d'institutions et de si grande importance, tant qu'ils 
n'avaient pas encore mis des obstacles au libre exercice 
de la mission spirituelle des ministres du sanctuaire 
Ils sont aussi encore parvenus à ce but criminel par la 
loi récemment approuvée de la chambre des députés, 
et qu'ils appellent du nom de Loi sur les abus dû clergé., 
en vertu de laquelle on impute à crime et à délit, tant 
aux évoques qu'aux prêtres, et on frappe de peines sévè 
res ces actes que les auteurs de la susdite loi compren- 
nent sous le nom insidieux de perturbation de la cons- 
cience qu'ils appellent publique ou de perturbation de 
la paix des familles. En vertu encore de cette loi que 
Nous signalons, les paroles et les écrits de tout genre par 
lesquels les ministres de la religion croiront, à raison de 
leur charge, devoir signaler et désapprouver des lois, 
des décrets ou tout autre acte de l'autorité civile com- 
me contraires soit aux droits de la religion, soit aux lois 
de Dieu et de l'Eglise, seront également passibles de 
châtiments et de peines, comme aussi l'œuvre de ceux 
qui auront publié ou répandu ces mômes écrits, quel 
que soit le rang de l'autorité ecclésiastique et quel que 
soit le lieu d'où ils émanent. Une fois cette loi portée 
et promulguée, il sera permis à un tribunal laïque de 
définir si, dans l'administration des sacrements et dans 
la prédication de la parole de Dieu, le prêtre a troublé 
et comment il a troublé la conscience publique et la 
tranquillité des familles, et la condition de l'évêque et 
du prêtre sera telle qu'on comprimera et arrêtera leur. 



S. ; 'i* 



voix, non moins que la voix du Vicaire de Jésus-Christ. 
qui, bien que déclaré en soi, pour des motifs politiques^ 
exempt de toute espèce de peine, n'en est pas moins censé 
devoir être puni dans la personne de ceux qui auront été 
complices de sa faute ; c'est là, en effet, ce que n'a pas 
craint de déclarer ouvertement, à la chambre des dépu- 
tés, un ministre du royaume, lorsque, parlant de Nous, 
il avouait hautement que ce n'était ni nouveau, ni 
insolite dans les lois, ni contraire aux règles, à la scien- 
ce et à la pratique du droit criminel, de punir les com- 
plices d'un crime, quand l'auteur principal ne peut être 
atteint. D'où il est clair que, dans l'intention de ceux 
qui gouvernent, c'est contre Nous aussi qu'est dirigé le 
coup de cette loi, de telle sorte que lorsque Nos paroles 
ou Nos actes viendront à offenser cette loi, les évoques 
ou les prêtres qui auront ou reproduit Nos discours ou 
exécuté Nos ordres, devront subir la peine de ce préten- 
du crime, dont Nous, en tant qu'auteur principal, Nous 
serons condamné à porter l'inculpation et la faute. 

Voilà donc, Vénérables Frères, comment, non-seule- 
ment tant d'asiles et d'instituts que les siècles avaient 
édifiés, que les bouleversements n'avaient pu abattre et 
qui sont si nécessaires à l'administration de l'Eglise, ont 
été détruits parmi nous par la violence et l'esprit de des- 
truction de Nos ennemis, mais comment encore on en 
est arrivé d'une façon criminelle à rendre impossible à 
l'Eglise cette sublime mission d'enseigner et de veiller 
sur le salut des âmes qu'elle a reçue de son divin fonda- 
teur, en décrétant des peines très-sévères pour fermer la 
bouche à ses ministres, qui, tandis qu'ils enseignent aux 
peuples à observer tout ce que Jésus-Christ a ordonné et 
qu'ils insistent à temps et à contre-temps, en reprenant, 
en suppliant et en réprimandant en toute patience et. 
doctrine, ne font pas autre chose que ce qui leur est com- 
mandé par l'autorité divine et ecclésiastique. Mais 
Nous passons sous silence d'autres machinations téné- 
breuses des assaillants de l'Eglise auxquels, nous le sa- 
vons, quelques-uns mêmes des ministres publics ne refu- 
sent ni les conseils, ni les encouragements, machinations 
qui tendent à préparer à l'Eglise des jours de tribulation 
plus dure encore, ou à susciter des occasions de schisme 
le jour où aura lieu l'élection du nouveau Pontife, ou à 
entraver l'exercice de l'autorité -spirituelle des évoques 
qui dirigent les églises d'Italie. 

C'est pour cela que Nous avons été amené à déclarer 
dernièrement qu'il pouvait être toléré d'exhiber au pou- 
voir laïque les actes de l'institution canonique de ces 
mêmes évêques, afin de remédier, autant qu'il était en 



Nous, :\ un très-funeste état do choses dans lequel il ne 



.7. 




les consciences mémos dos fidèles, leur paix et la direction 
et le salut dos âmes. 

Mais, en agissant ainsi pour éloigner de très-graves 
dangers, Nous voulons qu'il soit publiquement de nou- 
veau bien connu que Nous désapprouvons et que Nous 
détestons complètement cette injuste loi qu'on appelle 
Placet royal, déclarant ouvertement qu'elle blesse la divi- 
ne autorité de l'Eglise et qu'elle viole sa liberté. Main- 
tenant, après tout ce que Nous avons exposé jusqu'ici, 
et quoique Nous ayons omis beaucoup d'autres attentats, 
sur lesquels Nous pourrons élever la voix pour les dé- 
plorer, Nous demandons ceci : 

Gomment est-il possible que Nous puissions gouverner 
l'Eglise tant que Nous sommes sous la domination de 
cette sorte de pouvoir qui Nous enlève continuellement 
tous les secours et tous les moyens d'exercer Notre 
apostolat, qui Nous ferme toute voie, qui soulève tous 
les jours de nouveaux obstacles et va jusqu'à dresser 
■de nouveaux pièges et de nouvelles embûches ! Assuré- 
ment, Nous ne pouvons assez Nous étonner qu'il se 
trouve des hommes, dont Nous ne savons si la légèreté 
est plus grande que la méchanceté et qui, soit dans les 
journaux publics, soit dans les écrite particuliers, soit 
dans d'impudents discours prononcés à l'occasion de plu- 
sieurs réunions, s'efforcent de faire croire et de persuader 
aux populations que la présente condition du Souverain 
Pontife à Rome est telle que, bien que placé sous la do- 
mination du pouvoir d'autrui, il jouit d'une entière 
liberté et peut tranquillement et pleinement s'acquitter 
des devoirs de sa suprême primauté spirituelle. Or, ces 
hommes ne laissent échapper aucune occasion de con- 
firmer publiquement cette opinion ; soit lorsque les évo- 
ques et les fidèles viennent des pays étrangers pour Nous 
voir, soit lorsque Nous admettons en Notre présence 
leurs pieuses assemblées, soit encore lorsque dans les 
discours que Nous leur adressons, Nous déplorons les 
entreprises des impies contre l'Eglise. Dans ces circons- 
tances, ils s'efforcent à dessein et avec ruse d'insinuer à 
ceux qui ne sont pas sur leurs gardes que Nous, par 
le fait, Nous jouissons d'un plein pouvoir et d'une en- 
tière liberté, soit de parler, soit de recevoir les fidèles, 
^oit de gouverner toute l'Eglise. En vérité, Nous som- 
mes étonné qu'on puisse soutenir impudemment de telles 
assertions, comme si l'exercice de ces actes qu'on passe 



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eu revue était entièrement en Notre pouvoir, comme si 
toute la somme du gouvernement de l'Eglise qui appar- 
tient à Notre charge était contenue dans ces actes. Qui 
ne sait, en effet, que les actes de cette liberté qu'ils van- 
tent tant, ne sont pas sous Notre pouvoir, mais sous le 
pouvoir de ceux qui dominent, de telle sorte que Nous 
ne pouvons accomplir ces actes que jusqu'à tant et tout 
autant qu'ils ne l'empêcheront pas ? Veut-on savoir en 
vérité quelle est la liberté de Nos actes tant qu'elle est 
sous leur pouvoir ? A défaut d'autres preuves, la récente 
loi, que Nous avons tout à l'heure déplorée, l'indique et 
l'enseigne assez : cette loi par laquelle le libre exercice 
de Notre pouvoir spirituel comme celui du ministère 
et de l'ordre ecclésiastique est soumis à une nouvelle et 
intolérable oppression. Que si ceux qui dominent Nous 
ont permis d'accomplir quelques actes, parce qu'ils com- 
prennent combien il est de leur intérêt que Nous soyons 
cru libre sous leur domination, que de choses, cepen- 
dant, nombreuses, très-graves, sont nécessaires et d'une 
haute importance qui appartiennent aux formidables 
devoirs de Notre ministère, pour le parfait accomplisse- 
ment desquelles Nous manquons de tout le pouvoir et 
de toute la liberté nécessaires, tant que Nous sommes 
sous le joug des dominateurs! Nous voudrions, en vé- 
rité, que ceux qui écrivent ou soutiennent de vive voix 
les assertions que Nous avons rappelées, jetassent les 
yeux sur ce qui Nous arrive, et jugeassent avec un esprit 
un peu-impartial si on peut vraiment dire que le pouvoir 
de gouverner l'Eglise qui Nous a été confié par Dieu, 
peut s'accommoder avec l'état auquel Nous a réduit la 
domination des envahisseurs. Nous voudrions qu'ils 
connussent les cris injurieux, les insultes et les outra- 
ges qui sont continuellement proférés contre Notre humi- 
lité, même dans la chambre des orateurs du peuple. 
Ces injures, Nous les pardonnons aux malheureux qui 
les profèrent, mais elles n'en sont pas moins une très- 
grave offense faite aux fidèles dont le Père commun est 
insulté de la sorte, et elles n'en tendent pas moins à dimi- 
nuer chez eux l'estime, l'autorité et la vénération qu'exige 
la suprême dignité et la sainteté de la charge du Vi- 
caire de Jésus-Christ que Nous occupons, malgré Notre 
indignité. Nous voudrions qu'ils fussent témoins des 
hontes et des calomnies dont votre ordre très-illustre et 
les magistrats sacrés de l'Eglise sont à tout instant accu- 
sés, au grand détriment de leur administration; des 
moqueries et des dérisions par lesquelles on outrage 
les rites augustes et les intitutions de l'Eglise catholi- 
que, de l'effronterie avec laquelle on profane les très- 



— 10 — 

saints mystères de la religion, et qu'ils vissent l'impiété 
et les hommes athées devenus l'objet de pompes et de pu- 
bliques démonstrations d'honneur, quand au contraire 
on interdit les cérémonies religieuses et les processions 
que l'antique piété des Italiens a toujours eu coutume 
de célébrer librement aux jours solennels. Nous vou- 
drions aussi qu'ils eussent connaissance des blasphèmes 
qui sont impunément proférés contre l'Eglise, tandis que 
l'autorité publique feint de ne pas les entendre, dans la 
Chambre des députés où l'on a présenté le projet crimi- 
nel d'abattre et d'attaquer l'Eglise morne, où l'on a ap- 
pelé sa liberté un principe abominable et fatal, où l'on~a 
soutenu que ses doctrines étaient perverses et contraires 
à la société et aux mœurs, où enfin l'on a déclaré que 
sa force et son autorité sont pernicieuses pour la société 
civile. Ces mêmes hérauts de Notre prétendue liberté 
ne pourraient pas nier toutes ces occasions multiples con- 
tinuelles, graves, réunies dans le but de corrompre l'im- 
prudente jeunesse en enflammant ses passions et d'extir- 
per jusqu'à la racine la foi catholique de son cœur. 

S'ils parcouraient enfin les rues de cette ville qui 
doit à la Chaire de Pierre d'être le siège et la tète de la 
religion, ils pourraient juger facilement si les temples 
élevés dans ces derniers temps aux cultes dissidents, si 
les écoles de corruption partout répandues, si tant de 
maisons de perdition établies ça et là, si enfin les spec- 
tacles honteux et obscènes offerts à la vue du peuple 
constituent un tel état de choses qu'il soit tolérable pour 
celui qui, à raison de la charge de son apostolat, doit 
et voudrait certainement parer à tant de maux ; mais au 
contraire il est privé de tous les moyens jet de tous les 
secours, comme aussi de tout exercice du pouvoir qui 
lui permette d'employer les remèdes nécessaires) même 
pour un seul de ces maux si nombreux, et de porter se- 
cours aux âmes qui courent à leur ruine. 

Tel est, Vénérables Frères, l'état que Nous sommes 
obligé de subir par le fait de ceux qui gouvernent dans 
cette ville sainte ; telle est la liberté d'exercer Notre 
ministère, liberté menteuse que l'on exploite contre Nous 
et dont on prétend impudemment que Nous jouissons» 
C'est la liberté de voir la démolition progressive de Tor- 
dre et du gouvernement des choses ecclésiastiques ; de 
voir la perte des âmes sans pouvoir Nous employer et 
travailler à réparer efficacement tant de dommages. Dans 
un tel état de choses, ne devons-Nous pas considérer 
comme une amère ironie et une nouvelle dérision ce 
qu'on répète si souvent, à savoir que Nous devrions en- 
tamer des projets de conciliation et de concorde avec 



— 11 — 

les nouveaux maîtres, alors qu'il n'y aurait pas d'autre 
motif de conciliation de Notre part que celui de livrer 
entièrement, non-seulement les souverains droits de ce 
Saint-Siège, que Nous avons reçus comme un dépôt sacré 
et inviolable pour les protéger et les défendre au mo- 
ment de notre élévation à cette Chaire suprême, mais de 
livrer encore et surtout le divin ministère qui Nous a été 
confié pour le salut des âmes et d'abandonner l'héritage 
de Jésus-Christ dans les mains d'une autorité de cette 
sorte, dont les efforts tendent à détruire, si c'était pos- 
sible, le nom même de la religion catholique ? Mainte- 
nant, le monde entier peut assurément voir clans toute 
leur évidence et sous toute* leurs faces la force, la vi- 
gueur et la bonne foi de ces prétendues garanties, au 
moyen desquelles, pour faire illusion aux fidèles, Nos 
ennemis se sont vantés de vouloir assurer la liberté et 
la dignité du Pontife Romain, et qui ne reposent que 
sur le caprice et la volonté hostile des gouvernants des- 
quels il dépend, suivant leurs projets, leur point de vue 
et le gré de leurs fantaisies, de les appliquer, de les con- 
server, de les interpréter et de les mettre à exécution. 
Jamais assurément, non jamais le Pontife Romain n'est 
et ne sera pleinement maître de sa liberté et de son 
pouvoir, tant qu'il sera soumis à des dominateurs dans 
sa capitale. Il n'y a pour lui d'autre destinée possible 
à Rome que celle d'être ou vrai souverain ou captif; et 
il ne pourra jamais y avoir de paix, de sécurité et de 
tranquillité pour l'Eglise catholique tout entière, tant 
que l'exercice du suprême ministère ecclésiastique sera 
soumis aux passions des partis, aux caprices des gou- 
vernants, aux vicissitudes des élections politiques, aux 
projets et aux actes d'hommes rusés qui n'hésiteront 
pas à sacrifier la justice à leur propre intérêt. 

Mais ne croyez pas, Vénérables Frères, qu'au milieu 
de tant de maux qui Nous affligent et Nous accablent, 
Notre Ame soit brisée, ou que cette confiance avec la- 
quelle Nous attendons les décrets du Dieu Tout-Puissant 
et éternel, vienne à se lasser en Nous. En vérité, depuis 
le jour où après l'usurpation de Notre Etat, Nous prîmes • 
la résolution de demeurer à Rome plutôt que d'aller 
chercher une hospitalité tranquille dans des pays étran- 
gers, et cela dans l'intention de monter une garde vigi- 
lante auprès du tombeau de saint Pierre, pour la dé- 
fense des intérêts catholiques, Nous n'avons jamais ces- 
sé, avec le secours de Dieu, de combattre pour le triom- 
phe de sa cause, et Nous combattons tous les jours, ne 
cédant nulle part à l'ennemi que repoussé par la force, . 
afin de préserver le peu qui reste encore de l'irruption > 



— 12 — 

de ces hommes qui mettent tout à sac et s'efforcent de 
tout détruire. La où d'autres secours Nous ont manqué 
pour défendre Lçs droits dé l'Eglise et de la religion, Nous 
Nous sommes servi de Notre voix et de Nos réclama- 
lions. Vous en êtes témoins vous-mêmes, vous, qui avez 
partagé les mêmes dangers et les mêmes douleurs que 
Nous. Vous avez, en effet, souvent entendu les paroles 
que Nous avons publiquement prononcées, soit pour 
réprouver de nouveaux attentats et protester contre la 
violence toujours croissante de Nos ennemis, soit pour 
instruire les fidèles par de sages avertissements, de 
peur qu'ils ne fussent trompés par les embûches des mé- 
chants et par une espèce de feinte religion, et qu'ils ne se 
laissassent prendre aux perverses doctrines de faux frè- 
res. Plaise au ciel que ceux-là prêtent enfin l'oreille à 
Nos accents et tournent vers Nous leurs regards, à qui 
revient le devoir, et pour qui il est du plus grand intérêt 
de soutenir Notre autorité et de défendre avec énergie 
Notre cause, la plus juste et la plus sainte de toutes 1 . 
Car est-il possible qu'il échappe à leur sagesse qu'on 
compte en vain sur la solide et vraie prospérité des 
nations, sur la tranquillité et l'ordre parmi les peuples 
et sur la stabilité du pouvoir chez ceux qui tiennent le 
sceptre, si l'autorité de l'Eglise, qui maintient par le lien 
de la Religion toutes les sociétés justement constituées, 
est impunément méprisée et violée, et si son Chef suprê 
me ne peut user d'une pleine liberté dans l'exercice de 
son ministère et reste soumis au bon plaisir d'un autre 
pouvoir? 

Certes, Nous Nous réjouissons de ce fait très-heureux 
que Notre langage a été accueilli très- volontiers et avec 
grand fruit par tout le peuple catholique uni à Nous 
par les liens de la piété filiale. Les preuves continuel- 
les et réitérées que Nous avons reçues de son amour 
sont telles, en effet, qu'elles confèrent une grande gloire 
à eux-mêmes et à l'Eglise, et Nous donnent lieu d'es- 
pérer que des jours plus heureux se lèveront pour cette 
même Eglise et pour ce Siège Apostolique. Et en vérité 
c'est à peine si Nous trouvons des paroles suffisantes pour 
exprimer la joie et la consolation que Nous avons éprou- 
vées, bien que privé de tout secours réel, en admirant les 
beaux mouvements des esprits et les vaillants efforts 
qui, nés spontanément, se propagent de plus en plus 
tous les jours, même parmi les nations les plus éloignées, 
et qui ont pour but de prendre en main la cause et la 
défense de la dignité du Pontificat romain et de Notre 
humilité. 

Les subsides généreux qui Nous parviennent de toutes 



— 13 — 

les parties de la terre pour que Nous puissions pourvoir 
aux urgentes nécessités de ce Saint-Siège, et les fréquents 
pèlerinages de Nos fils, qui accourent de tous les pays 
dans ce palais du Vatican pour témoigner de leur dé- 
vouement au Chef visible de l'Eglise, sont de tels gages 
de la fidélité des cœurs qu'il Nous est tout à fait impos- 
sible d'en rendre à la divine bonté de dignes actions de 
grâces. Nous voudrions, toutefois, que tous compris 
sent et considérassent comme un enseignement salutaire 
la force intime et la vraie signification de ces pèleri- 
nages, que Nous voyons se renouveler si fréquemment, 
juste en ce moment où le Pontificat romain est en butte 
à une guerre si acharnée. Car, en vérité, ces pèlerina- 
ges n'ont pas seulement pour but de manifester l'amour 
et la piété des fidèles envers Nous, mais ils fournissent 
surtout une preuve manifeste des préoccupations et des 
angoisses qui troublent les cœurs de Nos fils, parce que 
leur Père commun se trouve dans une situation tout 
à fait anormale et qui ne saurait lui convenir. Et 
cette anxiété et cette inquiétude, bien loin de s'apaiser, 
ne feront qu'augmenter jusqu'au jour où le pasteur de 
l'Eglise universelle sera enfin remis en possession de sa, 
pleine et vraie liberté. 

En attendant, Nous ne désirons rien tant, Vénérables- 
Frères, que de voir nos paroles se répandre de l'enceinte 
de cette salle jusqu'aux dernières limites de la terre, pour 
qu'elles témoignent des sentiments de Notre âme envers 
tous les fidèles du monde entier, en reconnaissance des 
admirables témoignages d'amour et de dévouement filial 
qu'ils ne cessent de Nous donner. Nous désirons, en 
effet, leur rendre grâce pour la pieuse libéralité avec 
laquelle oubliant môme souvent leurspropres difficultés, 
ils viennent à Notre secours, persuadés que tout ce qu'on 
offre à l'Eglise est donné à Dieu. Nous désirons aussi 
les féliciter de la magnanimité et du courage avec les- 
quels ils méprisent les colères et les railleries des impies, 
et leur déclarer que Nous leur sommes profondément 
reconnaissant pour l'enthousiasme avec lequel ils cher- 
chent à Nous offrir les témoignages de leur amour 
afin de fêter le souvenir anniversaire de ce jour où, 
cinquante ans auparavant, Nous reçûmes, quoique indi- 
gne, la grâce de la consécration épiscopale. 

Ce que Nous ne souhaitons pas moins vivement, c'est 
que tous les pasteurs des églises qui sont répandues au 
loin sur la terre, en recevant Nos paroles, en prennent 
encouragement pour faire connaître à leurs fidèles les 
périls, les attaques et les préjudices de plus en plus gra- 
ves auxquels Nous sommes en butte, et pour les con- 



— 14 — 

vaincre de plus en plus que Nous, certainement, nous 
uo cesserons jamais, quelle que doive être l'issue de 
cettfl situation, de condamner les iniquités qui se com- 
mettent contre Nous ; il faut aussi qu'ils sachent qu'il 
pourra bien arriver un jour où notre parole ne leur par- 
viendra plus que rarement et fort difficilement par suite 
des difficultés qui pourront survenir, soit à cause des lois 
citées plus haut, soit à cause d'autres plus cruelles en- 
core dont on annonce la présentation. Nous exhortons 
toutefois les pasteurs eux-mêmes à prévenir leur trou- 
peau de ne pas se laisser prendre aux artifices perfides 
par lesquels des hommes trompeurs s'efforcent dans 
leurs paroles de dénaturer et de défigurer le véritable 
état de choses dans lequel Nous Nous trouvons, soit 
en cachant sa dureté, soit en exaltant notre liberté et en 
affirmant que Notre pouvoir n'est soumis à personne, 
tandis que Nous pouvons réellement définir en peu de 
mots toute notre situation, en disant que l'Eglise de Dieu 
souffre violence et persécution en Italie, que le Vicaire 
de Jésus-Christ ne jouit ni de la liberté, ni du plein et 
entier usage de son indépendance. 

Dans cet état de choses, Nous ne croyons rien de 
plus opportun, et Nous ne désirons rien avec plus d'ar- 
deur, que de voir les mômes pasteurs, qui Nous ont 
donné tant de preuves de leur union dans la défense 
des droits de l'Eglise, et de leur bonne volonté à l'égard 
du Siège Apostolique, exhorter les fidèles qui leur sont 
confiés à se servir de tous les moyens que les lois de 
chaque pays mettent à leur disposition pour agir avec 
empressement auprès de ceux qui gouvernent, afin que 
ceux-ci considèrent avec plus d'attention la pénible 
situation faite au Chef de l'Eglise et prennent des résolu- 
tions efficaces pour écarter les obstacles qui s'opposent 
à sa pleine indépendance. Mais, comme c'est au Tout- 
Puissant qu'il appartient de faire pénétrer la lumière 
dans les esprits et de fléchir les cœurs des hommes, Nous 
vous demandons non-seulement à vous, Vénérables Frè- 
res, d'élever vers Lui vos ferventes prières, surtout dans 
ce temps de propitiation, mais Nous exhortons encore 
instamment les pasteurs de tous les peuples catholiques 
à réunir dans les temples sacrés les fidèles qui leur sont 
confiés pour y répandre du fond de leur âme d'humbles 
prières pour le salut de Notre Mère l'Eglise, pour la con- 
version de nos ennemis et pour la fin de Nos maux si 
graves et si étendus : Dieu, qui aime ceux qui le crai- 
gnent et ceux qui espèrent en sa misécorde, daignera, 
Nous en avons la ferme confiance, accueillir la prière du 
peuple qui crie vers Lui. 



— 15 — 

Au reste, Vénérables Frères, prenons courage clans 
le Seigneur et dans la puissance de sa vertu et, revêtus 
de l'armure de Dieu, de la cuirasse de sa justice et du 
bouclier de la foi, combattons bravement et avec force 
contre la puissance des ténèbres et l'iniquité de ce 
monde. Déjà, en vérité, le soin qu'on a mis à tout 
mêler et troubler en est arrivé à ce point que, sem- 
blable à un torrent, le mouvement menace de tout 
entraîner au précipice, et beaucoup de ceux qui furent 
les auteurs et les complices de ce nouvel état de choses 
regardent, effrayés, en arrière, redoutant eux-mêmes 
les effets de leur œuvre. Mais Dieu est avec Nous, et 
il y sera jusqu'à la consommation des siècles. Ceux-là 
seuls doivent craindre dont il est écrit : " J'ai vu que 
ceux qui commettent l'iniquité et sèment des douleurs 
et les récoltent avaient péri par le souffle de Dieu et 
avaient été consumés par le feu de sa colère." Mais à 
ceux qui craignent Dieu, qui combattent en son nom 
et qui espèrent en sa puissance, à ceux-là est réservé le 
secours de sa miséricorde, et il n'y a pas de doute que, 
puisqu'il s'agit de sa cause et de son combat, il soutien- 
dra ses combattants jusqu'à l'heure de la victoire. 



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